Aime St.

Regarde la pluie qui sous tes pieds
crée des rivières de sang
Pendus au fil de ta morve les masques
Tombent.

Dieu pour tes hanches t’offrit
La paume première dans la poire
Et maintenant
Tu frétilles
Sur le sol seuls sont sortis salive et spleen.

Oh mais regarde
Ce cadeau qu’on te fait
Le crachin recouvre ton visage
Et le maquillage peint le pavement
De rêves enfantins

Ton prince
Sa monture
Ses mots
Ses muscles
Et toi l’esclave.

Les pigeons, les rats sont sortis
Et les passants t’applaudissent
“Quel amour!
Quel beauté sublimée
Par le verbiage bizarre desamoureux.”

J’ai ramassé à tes pieds
Le masque le plus laid
Celui qui
Rappèlera le vrai.

La masse gluante traverse mon œsophage
Sans encombre et me rend
Le sourire niais
Que dorénavant
tu n’arboreras plus.

La pluie a cessé et tout va meilleur
J’ai absorbé les kleshas
Et de ta bile
Ornée mon mala

La vie ainsi la voilà.

Après le noir

Je ne te dirai qu’une chose
La solitude
Qui se tempère avec l’alcool
Et les rencontres fortuites
Les filles qui couinent
Et les lits qui grincent
fait jaillir l’hêtre dans cette forêt d’arbuste

Moi j’ai vu les draps mouillés
Par la chaleur humaine
Les semences dispersées dans l’air
Et la vie
Qui défilait dans la quinzaine de minutes
Où nous n’étions qu’un

Pouris me meurt
Dans la foi
Le foie épongeant mes heures
D’homme seul
Le verre posé sur ton sol en bois
Et les salopes qui rappellent quand
L’air de l’origine est sec.

Oh j’ai vu
Maintes et maintes foi le paradis
En me réveillant dans mes enfers de tes parents et du
Nègre
Chez eux
La queue pendante
Et les images
De ton ex
Cicatrices sur ta peau.

Pour la terre ou pour l’océan

Au nom des souvenirs passés et de ceux
Sans cesse décevants
J’ai jeté mes larmes
armes
alarmantes à la mer
Et ses adieux dans les écumes
Diverses, des paradis infernaux
Je me suis lassé.

J’ai pris racine dans le deuil
L’œil devient rouge, bleu
Puis noir
Et mes orteils se confondent avec la mousse
Posée sous les arbres de l’éternelle sagesse
Au pied des quels j’ai enfouis ma
hache.

Apatride subit par les choix
Je tangue sans le pied marin
Et je vacille avec le vent
Où il m’emporte ne compte pas
Tant que souffle l’embrun
Et la chaleur de ses longs bras
Terre promise me voilà.

Elle tourne et je stagne
Me déplaçant libre je ne regagne
Que les bornes déjà visitées
Les oiseaux m’accompagnent
Me marquant de leurs griffes ou de leurs fiantes
L’épouvantail ne fait plus peur
Et en reflet perpétuel
J’erre.

Le mal de pair guide le pirate
Vers plusieurs mers
Quand le butin est conséquent
L’alcool ne remplit que la panse
Quand celui, vide,
jette ses pécules à l’eau
Le poison guérit les plaies
Profondes
Et me pousse de nouvelles ailes.

Les souvenirs formant tempête
Reviennent en brise froide
Je regarde mes pieds
Je n’ai toujours pas bougé
Tantôt du sud
Tantôt de l’est
Sa coupure sèche fait vaciller mes branches
Comme ce moment où mon cœur battait pour elle
Soumis, je ne suis plus
Je me penche en résistant
J’ai déjà beaucoup trop courbé le dos.

Le sable est venu recouvrir mes pas
Je veux revenir à l’enfance
Et aux érections innocentes
Aux seins de ma mère
Et aux forêts de manguiers
Glissant sur les alizés
Je regarde mon hêtre
Au loin
Je le pousse jusqu’au retour à la graine et
La poussière sous mes ongles
J’ôte.

Un, deux, trois et je m’en vais
Les sirènes ont désenchantés mes rêves d’enfants
Si je pivote mes yeux vers l’intérieur
Verrais-je le passé ou un futur qui n’existe pas?
Cramé par une vie sans feu
Je me suis mis au vert mon
Pote.

J’ai pris le large
Et ma sève s’épaissit
La caravane des rêves est passée
Sans prendre le chien Kreyol
Qui jappait
Jamais
Je ne respirerai l’air
Avec mes mots qui fusent
Maintenant dans l’espace
Je m’étends
Il n’y a plus aucune chance que j’en Retombe.

Hymen

Larmes: versées
Encore un autre corps gît
Transpercé par notre violence
Subtile humanité saupoudrée
Par les poussières d’étoiles
Et l’eau empoissonnée de la vie
En chef d’œuvre incompris
Balancent le sombre à lourdes mesures

L’arme: l’ennui
Les visceres sur l’asphalte
Bouquet garni sur fond noir et chaud
Les bulles de gaz ont formées
Ce collier dont s’ornent les morts
Ça sonne
Ça pue
Ça s’affuble de termes
Quand les germes se fécondent
Et de la mort font naître la vie.

L’art: clairvoyant
Décrit ce qui se déroule et
Se déverse.
Sourire d’un cadavre édenté
Couvert de dentelle
Danseur en moimoi.
Et la musique qui muselle l’esprit
Le corrompt
Le contraint
aux limites ultimes de l’imoigination.

Regarde moi
Regarde moi
Je suis toi.

Texte de A.M. – nouvelle

Chapitre 1

Tour Mermoz, appartement numéro 124, Aubervilliers, Ile de France

Ses hibiscus faisaient toute sa fierté. Aucun autre habitant de la tour n’arrivait à entretenir aussi bien ses parterres, mais elle, elle réussissait à faire survivre des fleurs tropicales, dans ce pays mordu tous les six mois par un froid vicieux. D’aucun disait que c’étaient les chansons du pays qu’elle fredonnait aux corolles qui étaient la clé de la survie de ces belles délicates. Elle faisait aussi pousser ses oignons, son thym, et avait entrepris depuis peu la culture de petits piments, tortionnaires sadiques des amateurs d’accras non avertis.
L’appartement tout entier était une parenthèse tropicale, au milieu du ciment et des effluves d’urine de la tour Mermoz, en plein cœur d’Aubervilliers. Au douzième étage, le numéro 124 se voulait une évasion, un retour à la terre multicolore de Guadeloupe. Un congé bonifié sans les huit heures de vol. Dès les premières fraicheurs de l’automne, les chauffages d’appoint rectifiaient la température, les murs sable, terre de sienne, orangés illuminaient la grisaille, et l’odeur constante d’épices sucrées promettaient l’évasion vers l’ile natale de Line Christophe.
Elle avait emménagé à la tour au début des années quatre-vingt, avec, emmitouflée dans plusieurs couvertures quelques peu élimées, son bébé de deux semaines. Une petite fille, qui était née, comme sa mère, très chevelue et très silencieuse. Les premiers mois, Line Christophe avec sa petite Sarah encore serrée dans son ventre, avait vécu au huitième étage de cette même tour, dans l’appartement de Sylvia Ramagassamy, une Guadeloupéenne de la génération de Line. Puis, grâce à la persévérance de Sylvia, « Indienne Matador », Line avait eu droit à son propre chez-elle au douzième.
Les deux amies s’étaient rencontrées quelques mois plus tôt, mais allaient rester des âmes soeurs toutes leurs vies.
A son arrivée en France, Line avait charroyé son ventre plus vraiment plat, de sa petite chambre d’hôtel du 20e arrondissement de Paris aux bureaux de placement pour femmes de ménage. Elle savait que le petit pécule que sa grand-mère lui avait glissé dans la main, quelques jours avant son départ de Guadeloupe, n’allait pas survivre longtemps à son train de vie : les petites missions de ménage ne suffisaient plus et le prix de l’hôtel lui semblait chaque jour plus exorbitant.
Une femme de ménage togolaise avec qui elle avait travaillé dans des bureaux du coté de Montparnasse lui avait apporté une partie de la solution : s’exiler en banlieue. Parcourir les mairies, pleurer chez des assistantes sociales, remplir des dossiers, décrocher un petit HLM et des aides de l’État. Après tout, elle était française, elle! Tout lui était permis!
C’est ainsi, au service de gestion des HLM d’Aubervilliers que la grossesse bien avancée de Line rencontra le gros ventre mou de Sylvia. Cette indienne corpulente avait été, dix ans plus tôt, reine de beauté dans sa commune natale de Saint-François en Guadeloupe. Elle s’était vite mariée avec le fils aîné de la famille Ramagassamy, dont le père possédait le seul car qui, à l’époque, faisait la liaison Pointe-à-Pitre-Pointe-des-Châteaux. Trois mois après le mariage, ils étaient prêts pour le départ en France : Ramagassamy-fils voulait être fonctionnaire. Il allait passer les concours et vivre en Métropole avec sa jolie épouse à la longue tresse brillante.
Mais arrivé en France, il avait subit l’ivresse. L’ivresse des blondes et des brunes, des rousses et des riches, qui aimaient son allure de Maharadjah et son accent chantant lorsqu’il parlait si bien le français. Elles se réjouissaient qu’il ne soit pas tout à fait noir, mais aimait son déhanché, qui sentait bon la Caraïbe. Bien vite, il ne se soucia plus du concours ni de Sylvia. Alors Sylvia se soucia du concours. Elle s’y présenta, avec dans son sac, blancs de sucre et dorés d’huile, trente-deux beignets géants, enfermés dans un boite en fer forgé.
A la fin des épreuves, elle s’assit à l’arrêt du bus, et les mangea consciencieusement, avec le front plissé d’une petite fille qui forme les arabesques de ses lignes d’écritures. Elle mangeait et méditait. Elle mangeait et décidait.
En rentrant ce soir-là dans la petite chambre de bonne qu’elle louait avec son époux, elle se mit à repasser. Elle repassa toutes les belles chemises de son mari, les amidonna avec soin, comme il les aimait, pour que les cols soit bien raides et qu’ils reçoivent mieux les marques de rouges à lèvres qui n’étaient pas le sien. Elle les repassa toutes et en fit une pile. Puis ce fut les pantalons. Les tricots de peau. Les caleçons. Le clocher de l’église Saint Paul affichait plus de 22h, mais il n’était toujours pas là. Surement dans quelque bar avec quelque belle. Elle sortit et empila les vêtements dans la cage d’escalier, sur leur paillasson, le front toujours plissé. Puis son visage se détendit. Elle sortit de son tablier un grand torchon dans lequel reposaient deux beignets encore chauds de la dernière cuisson. Elle prit le plus dodu, le plus tendre et le posa sur sa langue. Alors que le sucre fondu coulait dans sa gorge, elle releva sa longue jupe, son jupon en flanelle, et, debout, urina sur les piles de linge encore chauds. Elle dut légèrement se pencher pour s’assurer que les caleçons prenaient bien leur dose de « pissa ». Du « pissa » d’Indienne « Matador », du « pissa » jaune et aigre, du « pissa » de femme en colère. Puis, le visage toujours serein, elle referma la porte, à double tour, avant d’avaler le deuxième beignet.

Les Sept danses

Entre dans la ronde

Cris
à la naissance, tu pleures déjà
On dirait un Caliméro enduit de placenta
De sang, et de merde
Les sourires de tes parents
En option.

Prends une photo morpion!

Y’aura que ça dans la vie:

Cris
Pleurs
Sang
Merdes
Sourires
À ton bon vouloir
Tu remplaceras le placenta par:
Le sperme et la cyprine.

Hourra, Hourra
Entre dans la ronde
Les bras, en l’air
Tu en sortiras les deux pieds en avant.

La ronde

L’autre te nuira
Que tu le fuis, que tu le prennes dans tes bras
Que tu le vives
Il te tuera.

Avec des mots doux, de l’espoir en boîte
Des alcools divins, et des courbes célestes
Tu mourras.

Danse petite, la ronde est belle
La ronde est grande
Danse petit, toutes ces facéties seront,
Vaines.

Devant l’égo
Tu courberas encore l’échine
Parfait danseur, tu croiras aux merveilles
Aux changements
Qui ne sont que,
Reproduction répétitive
De l’imMonde en La.

Baisse les bras et barre-toi
Tu ne retrouveras
Ta liberté, jamais
Et aujourd’hui.

La danse

Cadence ou déca
Tu apprendras à dix heures à prendre ton kawa
Ton mari qui te broutait avant le pti’dèj
Ne regarde plus que la TV et ses femmes si sèches
Ta femme qui te suçait longuement
Pense à ses calories
Dans ta semence, et à ses enfants
seuls vestiges de ton fluide
qu’elle aimait vraiment.

La démence
Oui, la démence !
Demain tu verras tout n’ira mieux
Des crédits pour survivre et puis on s’en fout
T’as fait ton taff
On change la lettre à la fin de ton contrat
Et tu souris.

Fais I, avec ta gueule
Quand tu le dis.

I comme idiot ou imbécile choisi
Insatiable besoin de se réaliser
Dans des montres tag heuer
Pour ça faut que tu fermes ta gueule
et oui.

Et ta copine
Te mets la pression
Faut un boulot
Fonder un cocon
Et ses copines
Célibatardes lui donnent les leçons
Et pensent aux biberons.

Et ton mec
Il est bien con
Dans son auto allemande poitrine
et son trop court pantalon.

Avec ses potes
Matent des meufs différentes de toi
Pour te trouver
Un idéal,
De leurs envies ratées.

Oui, nous sommes une sombre espèce animale.

Fini la journée en attendant le réveil prochain
rêvassant d’aller loin
pour retrouver, cyniquement
ton patelin
Toutes les choses rêvées sont placardées
désormais,
Le désir est un village qu’on retrouve à Chatelet.

Le tournis

Il ne se passe un jour sans que la terre ne tourne
Tu es éternelle, soleil de ma vie.
L’amour en ronde, qui donne le tournis.

Avant la gerbe
T’auras des rêves
Tu voudras faire de toi
Une affiche placardée sur les murs
La ronde et la danse acquise
Tu penseras panser tes peines
En relativisant
En ratant tout ce que tu viseras
Et ta bile
Sur le sol sera le résultat du tournis
Infernal.

Drapeau blanc

J’ai sorti mon drapeau blanc, quelle est la couleur de l’abandon puisque le blanc c’est la soumission? À travers, mes espoirs et mes désillusions, une seule fin. Peut-être la guérison.

J’ai passé les douces Saisombres à attendre, à écrire le sens qu’on donnera de ma vie
tantôt serein, tantôt crétin.

Il faut renoncer à sa liberté
passer le cou dans la corde
porter des montres au prix de l’immobilier
Je me suis détaché des choses matérielles
et rendu esclave des abstraites.

J’ai choisi mon maitre pour devenir immortel
l’immatériel
et sa succession de déception.

J’ai courbé l’échine
et me suis sapé de blanc
comme au mariage
échec de vie
j’ai sombré dans la routine de mes amis.

Suicide

Karmiquement inachevé, encore un échec.

J’y ai songé, dans les jours sombres et la nuit, éclairé avec le rhum
J’ai voulu rompre le cycle
Tuer mon nom.

Plus d’envie, plus de rien, cette écorce qui écorche l’âme
Juste là,
Regarde
Plus que les mots, et cette fiction, il reste un homme.

Éphémère ou éternel

Mon dégeuli ornera-t-il les meilleurs bars
Ou les pires caniveaux?
Saura-t-il garder la couleur rouge
Propre à mon dramour?
Mes lettres seront-elles réouvertes
et disséquées?

Mon être
sera-t-il
poussière de crasse
ou d’étoiles?

Hourra, Hourra!
se ferme la danse
Les bras, en l’air
en V
comme vaincu(e)
Tu en sortiras les deux pieds en avant,
ayant vécu l’avide
le vide écumera ton âme.

Dans l’univers,
se chanteront tes maux
à l’unisson.

La poésie du corps,Telle une scène d’amour entre deux amants.La danse, immixtion du corps dans la vie amoureuse et infidèle de l’air et de la terre.

agneaupimentE

290111

je ne peux lutter contre le vent que je seme. Des paroles crues, pour te dire je t’aime.

051210

Le plus grand combat pour une femme c’est d’acquérir sa féminité, non pas par antagonisme du masculin, mais par sa définition unique et indépendante.

130111

Nous ne sommes que faux, Veritable acteur talentueux,de nos pleurs se nourit l’ame heureuse et de nos, sourrires les douleurs d’autrui.