Tu.Elle.Vous.

Dans le bus, tu la vois. Elle ne te regarde même pas. Elle a les yeux posés sur son écran, et ses écouteurs branchés. Tu essayes de pousser les voyageurs pour te rapprocher d’elle. Ils te dévisagent. Ces connards! Tu penses tout bas. Elle descend. Tu t’affoles. Elle est calme. Elle ne t’a pas vu. Tu la suis du regard. Et tu sues. Elle pousse le bouton. La porte s’ouvre. Elle passe la jambe gauche, puis la droite. Elle s’envole. Tu perds pied. Avec peine, tu balances un « hey » avec le peu de souffle restant dans tes poumons, noyés de doute, de honte et de pudeur devant tous ces étrangers. Elle se retourne. Le reste disparait. Elle te regarde. Et tu te tais. Création du Vous. Mélodie du silence. Vacarme du coeur.

Dans sa chambre, tu en lèches un. Puis l’autre. T’as la langue engourdie. Et tu continues. Comme un fou. Tu lapes. Tu essayes de rattraper le passé qu’elle a écrit sur sa peau. Avec les signes laissées par ses parents. Tu espères que ça vienne sa mère. Parce que tant qu’à remonter à son origine, il faudrait finir par son commencement. Sa main te rappelle à la réalité. Et son parchemin. Carte qu’on a tous où l’histoire se lit. En ride, en vergeture, en encre. En ancre dans son antre, en craquelage et fossettes. Elle redevient la seule ligne à suivre. Tu as oublié sa maman, tu te dis que ça durera jusqu’à la fin de l’érection, quelques secondes après ton éjaculation, donc. Tu poses tes phalanges sur ses vergetures et elle se cache le visage avec ses doigts. Elle pleure. Vous n’est plus un infini. C’est fini. Tu quittes son appart du 11ème. Elle ferme la porte au son de tes pas et de vos larmes. Putain, il fait beau. Mais toi t’es tout moche. Tu trouves tout laid. Tu cherches les lumières. Tu as trouvé ton sombre. T’es en couple.

Extrait Guillaume Paulin

Les lèvres des autres femmes ont-elles meilleures gout que celles de ta femme ?



Elle est devant moi, cette fille aux cheveux bouclés qu’un jour j’ai aimé. Elle se tient debout sur le lit et danse, sans musique, elle danse. Elle se cambre me regarde, elle joue, elle me connaît. Elle soulève sa robe et me laisse voir ses cuisses dorées. Elle passe tendrement ses mains sur ses cuisses, de l’intérieur à l’extérieur. Elle est devant moi, elle danse. Graduellement. Un peu d’alcool, la tête tourne vite, la chambre se fige. Pointes de seins élégantes. Je regarde comme un enfant devant un dessin animé usé par les lectures, celle qu’un jour j’ai aimée. Elle se balade autour de moi, lentement, sa dentelle danse.
Je contemple.
Contempler, c’est être acteur d’un présent et spectateur d’une action futur
Elle danse.
Danser, c’est la poésie du corps. Telle une scène d’amour entre deux amants. La danse, immixtion du corps dans la vie amoureuse et infidèle de l’air et de la terre.

Jeux d’adultes.
Femme d’un autre, mais toujours mienne donc toujours leurs. Leurre.
Elle me caresse de sa peau en mouvement, et mes mains accompagnent les lignes qu’elle dessine. Je suis rappelé aux souvenirs de ses cuisses fermes que j’aimais serrer entre mes doigts jusqu’à lui laisser des marques. J’aime ca. Oui. Je ne vis que pour ca. Ressentir que les femmes m’appartiennent à ce moment précis.
Elle s’y était préparée et maintenant elle se laisse plonger.

L’amoureuse d’Orléans

                        ME REVOICI ENCORE À CONVOITER CE QUE je ne peux obtenir. J’ai rencontré Estelle à une soirée où je ne voulais pas aller. Je préférais de loin, boire seul, m’enfermer dans mon monde et rester des heures à contempler les murs blancs de ma chambre. Ils s’étaient tous rapprochés de moi, pour observer, être spectateurs, attentifs à chaque mouvement de mon corps. Les levés de coude, les roulades sur les flancs pour ne pas vomir sur les draps. Tout cela, mon oeuvre. Tout là-haut, dans ma tête, jouaient la plus belle symphonie humaine, la consommation d’énergie presque inexistante, le moindre mouvement pouvant nuire à mon dessein, j’vais des pailles pour le rhum, pour la bière et la bouteille de whisky mixé avec de l’eau. Mon frère m’avait dit « t’inquiètes, y’aura la meuf, ké ni fanm fresh jan la ou enmé yo « . Mes vêtements se sont enfilés au moment où j’ai posé le pied sur le sol moelleux d’une moquette salie. Jessy était arrivé et ses locks ont commencé par me saluer, avant de se servir un verre de ti-punch. Une bière à la main, et les tentacules qui poussaient le rhum à sa bouche, il a trébuché avant d’être rattrapé par la lampe de chevet. J’ai été embarqué dans la voiture sans que je puisse dire non. La descente des escaliers a été très rapide. A ma grande surprise, ils s’étaient mis en position : glissade-vers-le-bas, sans escale, même pas chez les voisines, atterrissage verre à la main. Le rhum qu’on avait absorbé des heures durant, donnait des formes de femmes aux fenêtres lors de notre passage furtif. Le rhum, l’esprit de chez nous, là-bas, qu’on essayait d’avoir dans cette ville grise. J’ai posé la dernière clope sur mes lèvres en passant ma langue sur l’alcool qui était resté imbibé. C’est à ce moment que les murs ont commencé à geindre, les cris étouffés de la voisine du premier qui, la tête dans l’oreiller offrait surement ses courbes en formes de poire à son copain, de passage.

– Comment tu sais ça timal ?

Les dreadlocks de Jessy me regardaient, émerveillés par la description qui leurs semblaient plus que vrai.

– Je parle souvent à l’oreiller en question.

C’était vrai, souvent les oreillers me parlent en cachette. Ils postillonnent des baves des amants de passage, et s’écoulent entre leurs plis, les traces d’un passage de sexe féminin.

                        DANS LA VOITURE, FEU ROUGE PREMIER STOP, j’ai baissé la fenêtre pour cracher un molard ensanglanté au goût de citron vert. Cela m’a fait le plus grand bien. Le citron c’est bon pour les dents parait-il et le rhum est bon pour ce que j’ai, ce mal-être que je porte avec moi depuis quelques années déjà. Aucun alcool ne m’a transporté aussi loin, hors de mon corps, hormis le rhum. Laury a accéléré à la seconde où le feu est devenu vert. Et on a détalé. Nous voilà, roulant de travers, descendant l’avenue du Maine en quête de chattes, de pépettes, de poussières d’étoiles pour combler le manque du soleil. Évidemment. J’ai encore du mal à me rappeler qu’ici on roule du mauvais coté, le coté droit où ne se trouve pas le coeur. Mon oeil gauche s’est placé à la place du droit et mon troisième oeil s’est refermé sans broncher. Les phares des autres voitures m’ont littéralement assommés ou, c’était le rhum qui commençait sa balade dans mon corps. D’ailleurs ce rhum me manquait.

– Jessy, passe moi la bouteille à coté de toi steuplait !

Il m’a passé la bouteille d’une main tremblante et moi avachis sur le siège du mort, je faisais le mort vivant. En trombe, en cabale, je me suis enfui des éthers pour retrouver le goût de chez moi.
« Au goulot, au goulot ! » C’est le culot qui nous a nourrit et le rhum vibre et danse en rentrant dans mon gosier de sale négroïde. C’est mon foie, qui chantonnait ça, quand j’ai avalé la dernière goutte. J’ai craché un extrait pur pour mes défunts, en pensant à eux et à la vie qu’ils ratent par choix ou par condition. On a roulé dans Pouris et cela m’a paru long. Depuis une vingtaine de minute, l’impression de stagner et de voir défiler le paysage, m’indique que le mensonge est bien présent, que les voyages n’existent pas, et que les déplacements ne se font pas. Tout tourne autour de mon nombril et je me sens volé. Je suis maintenant hors de la voiture, en transe avec ce rap de la côte ouest que j’aime tant. Que dit encore la chanson? Ol’English . Je reprends un salve au rhum 59 degré et je m’assoupis.
« Smoking Chronic and drinking Ol’English, La La La La La ».

                        JE ME SUIS RETROUVÉ AU MILIEU D’INCONNUS, l’instant d’après. Des têtes de snobs, des têtes hilarantes, des têtes dans les cuvettes et dans les pots de fleurs des voisins. Dans ce flou visuel, je cherche absolument les têtes familières, mon frère et Jessy. Les deux sont occupés, et cette fille blonde qui me parle une langue que je ne comprends plus, me raconte des histoires sur ses chats.
« Je veux juste toucher la chatte, la tienne de préférence! » que je lui ai dit.
En balbutiant les litres de rhums, dans mon haleine. Elle m’a montré son dos, a rejoint une amie et m’a pointé du doigt, le plus long de sa main. J’ai parcouru les pièces de cet appartement, en cherchant de quoi me calmer. La bière, je cherchais une petite binche, toujours la bière pour adoucir mon tchad. Brune de préférence, maltée, comme mes femmes. C’est ainsi que je les aime, c’est comme cela qu’elles me rendent sage. La musique était bien trop forte à mon goût donc je suis allé la baisser un peu, avec les regards sur mon cul, comme une pute convoitée par les deux sexes. « C’est mieux ainsi ».
Quand les effets de l’alcool sont partis se dissimuler sous mon ennui, j’ai décidé d’aller socialiser. J’ai esquissé un sourire à la première inconnue des chats, avec un clin d’oeil malicieux. Je n’ai rien reçu en retour. Touché. Mais pas coulé. J’ai traversé le long couloir pour me rendre dans la cuisine. L’appartement était assez ancien mais neuf. Le type d’appartement dont j’ai toujours détesté les occupants. Par jalousie. Parce que je n’étais pas aussi propre et beau dans l’organisation de l’espace. Il y avait des photos plein le mur, des photos d’enfance, des photos d’adolescence, de belles jambes et de gens beaux. Et le laideron que je suis se baladait dans cet environnement. J’ai aperçu la barbe de mon frère à travers la vitre donnant sur le balcon, il avait l’air à son aise sur un pouf bleu, qui lui donnait des airs d’arabes. Au milieu, entouré de sa cour, il se fondait dans la pénombre avec sa barbe et sa chemise bleue électrique rappelait que l’énergie venait de prendre deux ou trois points de plus dans les sondages.

– Salut, c’est moi Justine. Tu dois être le frère de Laury, tu marches comme lui.

Une voix fluette m’avait arraché à cette description économique et sociale que je faisais à mon foie.

– Je n’ai jamais trouvé de ressemblance dans ma démarche et celle de mon frère. D’ailleurs je ne trouve pas de ressemblance, à part le fait d’être frère. Lui a renoncé clairement à laisser parler l’art en lui. A s’en foutre des autres, moi je suis l’égoïste et l’égocentrique.
– Ah, tu parles aussi de la même façon nonchalante et rapide, comme si tu ne voulais pas dire ce que tu pensais.
– Justine, dis-moi, y’a quelque chose à bouffer ici. J’ai faim.
– Oui, un peu choquée par l’agressivité de ma demande, dans la cuisine, d’une voix sèche.
– C’est bien par-là? Je montrais du doigt la porte ouverte.
– Oui, je t’accompagne si tu veux?
– J’ai le choix?

En m’agrippant le bras d’une main très ferme pour une fille si frêle, elle me fit comprendre que non.

                        JUSTINE PORTAIT DES LUNETTES, CHEVEUX CHÂTAINS CLAIRS avec des yeux bleus. Le mix parfait de la fille « bonne », élancé, petit cul, seins en poire. Je n’aime les filles blanches qu’avec des formes, celui pourrait être pris comme discriminant selon la couleur de peau, mais pour toutes les femmes c’est pareil. Elle portait un gilet bleu jean, une longue chemise blanche avec une ceinture dorée qui cachait son petit short. Ses cuisses saisissant la terre de toute son âme étaient finies par des mollets fins et des pieds, gigantesques. Une fille d’environ 1,70m qui gambadait dans sa vie avec ses gambettes d’or et son sourire, aussi long que des lèvres puissent l’être en état de plénitude extrême.

– C’est l’appart que mes parents me laissent, ils voyagent beaucoup.
– O.K. !

Je n’aime pas beaucoup parler, et souvent les gens pensent que j’aime écouter. C’est mieux, ils me foutent la paix au moins, il suffit de capter quelques mots de la conversation et on peut rester en veille, pendant que le verbiage s’écoule. J’ai attrapé ses lèvres dans le couloir, la suppliant de mettre fin à cette parade, et en glissant ma main lentement dans son short pour m’apercevoir qu’elle ne portait pas de culotte, mais était assez bien épilée. L’autre main prenait ses seins de la même façon qu’on ouvrait des portes. Je l’ai plaqué lentement sur le mur en lui embrassant le cou. Elle s’est recroquevillé, ses cheveux ont pris appui sur ma chemise et se sont laissé emporté par les mouvements que mes bras ordonnaient à nos deux corps.
« Rustre »
Les cadres des photos auraient mieux fait de la fermer. Justine a fuit, honteuse de s’être laissée faire, devant tant de membres de sa famille dans les cadres photos. J’en ai pris un dans ma main moite en prenant soin de bien m’essuyer les doigts sur les coins.
« C’est à vous, ça vous fera luire »

                        DANS LA CUISINE, j’ai pu trouvé de quoi manger. Enfin grignoter, je n’ai jamais compris le terme manger chez certaines personnes qui ne font qu’ingurgiter des fruits, des légumes longs et courts, forts en eau. Si j’ai soif je vais boire, de l’alcool de préférence. Les meubles de la cuisine étaient assez beaux, ils m’ont toisés des que j’ai caressé la chaise avec ma main gauche, avec l’odeur du con de Justine sur les doigts. « Je sais que je suis beau » ai-je répondu avec une pensée tellement puissante qu’elle fit tremblée la vaisselle rayonnante de propreté. Je me suis déplacé tant bien que mal vers la pièce de vie. La pièce devait bien faire 40m2 et il y avait au moins dix personnes debout, les autres assis sur les immenses canapé rouges en cuir. Les locks de Jessy avaient enveloppé la jeune fille sur le canapé avec lui. Elles chatouillaient et fouillaient le décolleté de la demoiselle, tandis que ses bras en croix, couvraient le sofa de droite à gauche. Les témoins sous le choc, la surprise et l’élégance de la scène, continuaient de blablater un brouhaha semblable à celui qu’on retrouve dans une cour d’école. Un tableau factice du cri de Munch a murmuré à la bibliothèque, enceinte d’une petite centaine de livres: « C’est un poulpe ce mec, incroyable! » Je reconnaissais l’art, le vrai et ce n’était pas comme cela que le cri se serait propagé dans la pièce. Pas aussi bas, pas avec tant de simplicité et d’assurance. Le vrai, le cri, il déchire l’air.

– Peut-être que la plume de cette brune sèche aux gros nichons, trouvera de l’encre ce soir.
– Tu me parles ?

Le mec de la victime était accoudé au bar donnant sur la cuisine et s’était retourné, sans doute, curieux de savoir qui était la brune aux gros seins dont je parlais. Il a empoigné la chemise de Jessy et a reçu un uppercut bien placé en armant son poing. Une locks veillait au grain pendant que les autres se rassasiaient. Elle a surgi du bas du canapé, sournoisement pour assommer cet agresseur, un peu trop proche et tactile à leurs goûts. La brune s’est levée et à relever son copain, en lui expliquant des si, des pourquoi, des comment et des ce n’était pas bien grave. La pièce s’était vidée en un instant. Personne ne voulait prendre parti, ca m’a rappelé que j’avais mon édition spéciale, Boris Vian, dans ma poche gauche. J’ai saisi l’opportunité d’aller revoir mon ami le joueur de musique électrique, pour mettre fin à son tapage, ce brailleur incessant. A ce moment précis, la table en bois, au centre de la pièce a su ce qui se tramait, je l’ai d’abord caressé sur la tête, puis j’ai tâté son corps et ses pieds. Avant de monter, toujours passer par les préliminaires, objets-choses ou objets-humains, même combat, même humanité de ma part. A deux pieds, j’ai pris mon courage, même les ondes du courant ont salués ce merveilleux saut, en tamisant la lumière émise par les bulbes de la pièce. J’ai ouvert le livre à ma page préférée et d’une voix assurée par l’alcool, j’ai regardé avec insistance la fille aux chats, et lui ai conté l’histoire des plumes d’oiseaux, positionné sur mon trône, tel un vieux con d’albatros.

Putain de plumes,
Paroles d’un poète
Pourris.

                        MON TELEPHONE S’EST MIS À VIBRER LONGUEMENT. « Tu es en retard ». J’avais zappé l’anniversaire surprise de Carole ; Il était déjà midi et le brunch commençait à 13h. J’avais encore une fois la tête dans le cul, à cause de l’alcool. J’ai pris le premier caleçon qui m’est tombé sous la main et je me suis dirigé vers la salle de bain, en saluant Bob sur le mur fumant son spliff. « Une douche froide, ca va me réveiller et faire passer ce mal de crane ». J’ai bu les gouttes d’eau quand elles dégoulinaient sur mon front et mes lèvres. « J’arrive. Je suis en route ». Pendant que je m’habillais j’ai écrit très rapidement à Abigail ce petit mensonge. Dehors, le soleil était déjà caché par le gris journalier, j’ai passé mes lunettes en écailles car mes yeux se sont mis à regarder. J’ai reçu un autre SMS et je me suis dit quand même qu’il ne fallait pas tant s’impatienter. J’allais répondre « Commencez sans moi », mais le message était d’un numéro inconnu et signé par Estelle. Putain mais qu’est-ce que j’ai encore foutu hier soir ? C’est qui cette Estelle?

« La prochaine fois qu’on se voit, si jamais il y en a une, range ton apologie de Bison Ravi au fond d’un coffre et avale la clé. Tu auras plus de chance avec les filles quand tu apprendras à la fermer. EstL »

Ce bon vieux Sullivan, il ne m’a jamais aidé à choper, même les filles littéraires, je devrais prendre du Béchamel ou autre Museau, avec des mots aussi doux que des chamalows roses, du Coller-Haut tant qu’à faire, je les envie je crois. Autant de jambes et de bassins, s’ouvrant, accueillant. Ça doit être invivable.

                        J’AI PRIS LE MÉTRO EN DIRECTION de l’appartement de Carole, le rhum toujours présent m’a aide à glisser sur l’asphalte sans encombre. Je me suis retrouvé à la station Télégraphe, d’un clignement du troisième œil. J’ai toujours eu beaucoup d’amour pour cette station, pour le métro Parisien en général, toujours puant, toujours chaud, toujours en alerte, toujours accueillant, toujours repoussant et répugnant et au fond, profondément si humain. Une larme s’échappait de mon œil droit quand je franchis enfin la sortie, les pieds toujours saouls s’embrouillant avec les dernières marches, me firent trébucher. Les salauds! Au moins, ça a fait sourire deux gamins qui passaient sur un grenat volé. Quand je suis arrivé chez Carole, en effet ils avaient commencé. Les bières recrachaient leurs amertumes et les flûtes de champagne sifflotaient du J.S. BACH, les rires de gorges profondaient et les jambes s’étaient dénudées.

– Guillaume, putain, t’es enfin là !

La voix de Abigail était pleine de rosé, et sans hésitation. Elle était dans le couloir, debout dans sa robe verte qui lui remontait ses petits seins et serrait sa taille pour qu’on puisse mieux apprécier ses jambes.

– Wai, j’me suis pointé en retard, j’ai eu une dure soirée
– Ah bon? Raconte-moi?
– Attends, t’as vu Carole ou pas, j’ai un truc pour elle?
– Ouais, elle roule un bédo, dans sa cuisine. J’te préviens y’a son nouveau mec, donc « behave »!!
– moi? Toujours, pas.

J’ai laissé l’odeur de l’herbe sèche me prendre par le poil le plus long de mes narines, ce qui a conséquemment permis à mon visage d’effectuer des « Chin Check  » aux autres personnes présentes. J’ai esquivé les yeux des tableaux accrochés aux murs de cet appartement que je connaissais bien pour y avoir plusieurs fois délivré des exsudations de plusieurs types. C’était une forme d’humilité et de mépris de gens riche qui m’a permis de faire la bise à Carole sans éprouver le moindre sentiment, excepté celui de la joie.

                        J’AI REJOINT Abigail SUR LE CANAPÉ et elle m’a raconté l’histoire de ce mec qui n’avait pas de capotes sur lui quand ils avaient commencé à se chauffer la nuit dernière. Le pire? Ne pas avoir de capote ou en avoir et ne pas bander? Je ne souhaite aucun des deux, à personne, même pas à moi. Enfin, j’essaye toujours de jouir et de donner du plaisir avec la situation et les moyens du bord, comme le sauvageon que je suis. Pas de plaintes pour le moment, je n’ai pas non plus envie de les écouter, encore quand c’est le deuxième soir, mais pas la deuxième fois consécutive. « Alors j’te disais…” L’histoire continuait mais je n’écoutais plus. J’admirais Abigail et sa beauté simple. Je ne comprenais pas pourquoi elle ne trouvait personne à son goût, et pourquoi elle se sous-estimait autant.

– Tu sais Abigail, moi tu me plais. Je ne vais pas monter sur mon cheval blanc pour te raconter des histoires.

Je lui ai pointé Krevet, le chat blanc de Carole. C’est le seul cheval que j’ai trouvé, la fille de 1m75 en mini short et ses dents de la chance l’ont échappé belle, mes yeux étaient maintenant aussi saouls que mes pieds à l’arrivée et mes bras ont reçu une mauvaise information de la part de mon cerveau.

– T’es con, tu sais? Mais au moins tu restes drôle.
– Excuse-moi, continue. Et le mec de l’école? Il était beau gosse non?
– Me parle pas de lui! Ce con, mais quel con! Je crois qu’il est gay!
– moi j’ai du succès chez les gays!

L’oxygène manquait clairement dans mon sang, les lettres et les ondes sortant de ma gorge racontaient n’importe quoi. La sono jouait Kané de Fauve, et je me suis demandé si l’interprète était l’auteur, si l’auteur était l’acteur, si l’acteur était moi, et si moi, je ne resterai au final qu’une histoire anodine que se racontent les passants et passantes de ma vie.

                        CAROLE ARRIVAIT suivie de ce beau gosse, très propre sur lui.
– Guillaume, j’te présente « Mec ».
– Tu déconnes, lui?
– Elle m’avait dit que t’étais un peu lourd et surtout con. Tu fais honneur à ta réputation!
Dans ma tête j’ai pensé a lui répondre « tant qu’elle me précède, ça me va, Carole a du te dire combien j’lui faisais honneur, une fois à quatre pattes devant moi », mais une complicité naissante entre mon cerveau et ma langue a juste répondu:
– Enchanté, mais pas vraiment.
– Même chose, ici.
– C’est parfait donc, on peut partir sur une bonne relation. Tu veux une bière?
– Pourquoi pas? Viens dans la cuisine.
J’l’ai suivi, un peu soucieux d’affronter les effluves d’herbes mêlées aux arômes d’une bière fraîche, qui auraient pu me faire tourner de l’œil. Le troisième, mon préféré. On a bu la bière, en s’observant comme deux boxers, fraîchement K.O. par les yeux et les lèvres fraiches de cette brune. Puis, il m’a dit qu’il partait rejoindre sa famille pour un dîner. Le mouvement trop direct de mon bras pour le dégager d’une poignée de main m’a trahi, j’étais le faible, j’avais perdu. Mais Carole ne m’intéressait plus trop, trop de différences entre nous. La plus flagrante était cette ville qu’elle adorait, et que j’adorais détester. Et à deux, on est déjà trop nombreux. J’ai tiré une latte de spliff pour chercher mon moi intérieur en retournant sur le canapé retrouver le cirque social.

                        QUAND J’EN AI EU MARRE D’AVOIR LES mains de Carole sur mon sexe, je lui ai demandé de proposer à sa copine, Anne-Cé, de nous rejoindre sur le canapé. Je déteste l’effet de l’herbe sur mon organisme. Je suis violement sorti du rêve quand la bouteille que je tenais à la main s’est vidée sur mon jean. J’ai compris qu’on était plus que quatre à cette fête, quand ma demi-molle et les hallucinations se sont arrêtées. C’est con, j’aimais bien sentir Carole près de moi, et elle était là, debout entrain de parler avec Anne-Cé, à propos d’un mec qu’elles trouvaient toutes les deux très beaux, mais qui avait peur de l’engagement. Je n’ai jamais compris la définition de l’engagement, je pense que les deux genres n’ont pas les mêmes attentes, et surtout la même idée de ce qu’est l’engagement. J’ai bu une gorgée du verre de rhum qui était sur la table basse devant, moi. Cul sec, sans aucun cul à ramener avec moi, j’ai embrassé sur la joue Carole et Abigail, et je me suis engouffré dans la ville maintenant couverte par la douceur macabre de la nuit.

Dans les hauteurs. Brulant vif.
Ma conséquence,
ses airs.
Chaud.

                        LAURY AVAIT ENCORE UNE DE CES SOIRÉES BCBG, où il me traîne quand il ne veut pas se retrouver seul. Je n’avais ni l’énergie, ni l’envie d’y aller, mais il arrive à lire mes émotions avant que je ne puisse dire un mot, et il connaît mes points faibles. Il ne m’a pas laissé finir mon « pff » parisien et m’a balancé dans les dents :
– y’aura Estelle, timal !
– j’ai reçu un texto de cette meuf, mais j’ne me souviens pas trop de sa tête.
– ou té tchad man ! La fille aux chats!
– ah ah ah! Elle?
– ouais elle!
J’ai passé la chemise la moins repassée, pour que les fripes perturbent les yeux des amis du très grand groupe des troublés obsessionnels compulsifs que j’allais sûrement rencontrer. Mais au fond, c’est juste par flemme que je ne repasse guère mes chemises. C’est pas grave, ça fait bobo, bobo urbain, bobo noir: bonobo? J’ai allumé ma clope en descendant les marches, avec Laury devant moi. Le panneau d’interdiction de fumer semblait vouloir nous arrêter pour un contrôle d’identité, mais son apparence n’était plus respectable, un petit malin avait rajouté une ligne et l’avait transformé en part de tarte. Il y avait quelque chose de grandiose et de magique dans la scène, deux nègres, descendant des escaliers Pourisiens, en quête de fête, de liesse et beaucoup de chattes et de fesses. Un film tourné en caméra embarqué, avec des plans sur les escaliers subissant les pas lourds, la luminosité du soleil qui s’engouffrait sur l’ébène glissant vers l’Hadès. Silence ! On tourne !

                        LE METRO ÉTAIT ENCORE BONDÉ, une épaisse chaleur se dégageait des wagons, et de la bouche du métro. Les gouttes de crasses, de pus, les odeurs humaines et animales se rejoignaient, motivées, pour nous rendre fous. Une marche d’une grande centaine de pas nous amenait au métro DePaix. Sa fameuse rue piétonne était piétinée par tous, même les vélos qui avaient mis leurs plus belles sandales pour l’occasion. Piétons et vélos, même combat sous le soleil gris de Paris. Juste au dessus des escaliers, une brume lourde et nauséabonde contrôlait les tickets, la plupart des fraudeurs passaient en douce grâce à l’odeur dégagé par leurs corps, c’était un secret connu des Parisiens seulement, se fondre dans la masse dégueulasse des contrôleurs pour échapper à leur sanction. Et non, il ne suffit pas d’être négroïde pour avoir une épice spéciale qui s’échappe du corps, il ne suffit pas de sauter une douche, ou d’être un sans abris, sans lieu pour sa toilette. Frauder, devient un art dont les secrets ne seront pas dévoilés ici. Laury a poussé les portes et on s’est installé sur les strapontins. Ma tante m’avait expliqué quelques années plutôt que les strapontins étaient réservés aux clodos, et aux gens louches. Ma chemise non repassé et la barbe de 120 et un trois-quarts jours de Laury étaient donc bien choisies. Parfaites. Nécessaires. Le train s’est mis en route quand le dernier gitan a entamé sa chanson. Les regards se sont tus, et toute la rame est devenue invisible. Pour devenir invisible, dans le métro il faut juste baisser les yeux. Si vous n’êtes pas fatigué, il faut fixer un point. En général, je fixe le sol, ça fait la blague et personne ne me voit plus.

                        J’AI COMPRIS QUE CE N’ÉTAIT pas une soirée quand on est arrivé sur les quais de Seine, et qu’une bande de jeunes hippies-bobo-hipsters, à même le sol, chantaient « Redemption Song » de Bob Marley. Le niveau de l’eau était assez bas pour la saisombre, et les poissons avaient sortis les parasols pour ne pas trop s’assécher. Une tignasse longue et blonde, s’est alors retournée vers moi et m’a gentiment passé une bière fraiche.
– Ca va Guillaume ?
– Estelle, c’est ca ?
– Oui, ou celle à qui tu veux toucher la chatte.
– Non, mais…
L’assurance dans ma voix s’est échappée sans me prévenir et c’est avec une voix fluette que j’ai du expliquer le pourquoi du comment. Le comment, c’est si simple pourtant. Je suis un con, jeune en plus et je me balade avec mes désirs au bout de la langue. Si je veux quelque chose, je demande, si j’ose et j’échoue cela sera pour une autre fois. Je me suis posé à coté d’elle en poussant les spectateurs de fond, qui l’entouraient. Le béton rendait Estelle, plus belle le jour, comment ne pas être sublime dans un décor si fade. Ses cuisses épousaient les marches des arènes, en laissant des traces moites sur le ciment. Son corps était tapissé de grain de beauté, de couleur et de taille différentes. Celui au-dessus de sa lèvre supérieure, celle qui élève aux orgasmes les plus longs. Ce n’est pas moi, c’est une étude pseudo-scientifique qui le dit. Mon frère s’était retrouvé assez loin de moi et je me suis mis à la regarder. Bière à la main, son regard transperçait la Seine, pourrie par les déjections humaines. C’est la vie, c’est le progrès l’annihilation de la vie.

                        – NON JE NE SUIS PAS AMOUREUSE, il ne m’aime pas.
C’est avec ces mots qu’Estelle, un peu bornée, je l’avoue a répondu à mon doute. Je doute, je suis entrain de douter. Peut-être que moi je n’ai pas la conception d’un amour inconditionnelle. Je lui ai dit que j’allais la surnommer « L’amoureuse d’Orléans », elle m’a dit que je n’avais rien compris. Je lui ai dit que le livre était le même pour tous, et qu’elle n’avait peut être pas envie d’accepter cette interprétation car elle lui faisait peur. Son amoureux, un artiste comme tous les autres, avait crée un objet en s’inspirant d’elle. J’ai repensé à ce que ma mère m’a dit un jour :
« Si une femme est en colère contre toi, tu as du faire quelque ou pire tu n’as rien fait ». Lui, ce con, avait passé son temps à façonner cette table, aussi belle que la fille qu’il ne convoitait pas mais pour qui il a aiguisé son savoir-faire, durant des heures. Je ne comprenais pas cette perte de temps, pourquoi lutter pour le présent, tu crées, pour le futur, le passé. Mais le présent, il n’existe que chez les autres, pas chez les artistes. Les petites vagues de bateaux mouches, bourraient le quai sans rythme comme quand on fait l’amour sans envie, j’ai pris une clope dans ma bouche et j’ai dessiné dans l’air, à la rencontre de la peau d’Estelle, des formes érotiques, des positions dans lesquelles je voyais, ces cheveux me caresser le pubis, le torse et les genoux.

                        LE BRUIT DU VOMI M’A ARRACHÉ de mes rêves. C’était Laury qui recrachait, je crois le grec qu’on avait avalé avant de venir sur le quai. Il venait et allait, entre les buissons et la bouteille de rhum qu’on avait ramené.

– C’est pour laver mon estomac, foutez-moi la paix.
– Crache les morceaux avant quand même ! lui a rétorqué le buisson.

J’ai placé mes mains sur ses épaules en le voyant à quatre pattes sur l’herbe verte. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour son frère ? Je ne sais pas, je ne pouvais quand même pas rester là sans rien faire, devant tous ces amis. Vomir, n’est-il pas le synonyme d’une bonne soirée ? Encore mieux si on ne se souvient de rien. Je lui ai pris la bouteille de 59° des mains, et j’en ai bu une bonne gorgée. Estelle était repartie parler avec le reste, et moi seul avec mon sang, je me suis demandé ce qu’on foutait ici. Pas l’endroit, pas le lieu, pas la scène, pas l’année, juste ce qu’on foutait la dans cette jungle urbaine qui nous renie nos droits fondamentaux de nous foutre en l’air. Il faut toujours tout modérer. Je crois que j’ai écris à Carole ce soir là, et il a lu mon message. Pitoyable, mais sans honte, gran nonm pa jen wont . La soirée touchait à sa fin, je ne pouvais pas ramener ma gueule dégueulasse chez la fille que j’aimais depuis tant d’année, Laury était dans un sale état aussi. Une lampée de la Siennoise était bienvenue, mais il n’y avait aucun membre des Fanatics Noirs ou de la Ligue Des Jeunes, pour nous aider. On a ramassé nos carcasses longues en direction de Diable Michel, la station la plus proche, en traversant les passants et les mendiants en moonwalk improvisé. Estelle nous avait suivi jusque dans la station, en continuant ce qui à ce moment ressemblait plus à du charabia qu’à une conversation sérieuse. Mon oreille a ouverte le peu de tympan qui lui restait pour saisir ces quelques mots.
– Ca serait cool si on se revoyait, sans les autres.
– Je pense aussi.
Ses deux lèvres rosés et pétillantes sans gloss, se sont étendues jusqu’à la pointe de ses oreilles. La voix, l’ouïe, connectées jusqu’au plaisir de recevoir un sourire.

Les champs célestes de l’Houblon.
Mon cœur au fond
La pénombre nous enveloppe
Le silence
Et les lèvres ouvertes.

                        LE SAMEDI SUIVANT, avec un simple texto, Estelle m’a suggéré qu’on se voit. Je l’avais invité à prendre plusieurs verres, sans grand succès et je pensais déjà retirer son numéro de mon portable de la liste de contacts. J’ai une haine maladive contre l’accumulation et je déteste gaspiller l’espace. Ca n’aura été qu’un baiser volé, et je commençais à m’en satisfaire.
 » J’achète les ingrédients et tu me cuisines quelque chose chez toi »
Le message était clair, elle ne voulait pas sortir. J’ai juste répondu « Okks. 7:30pm. » Ca m’allait, mais il fallait que je range mon appart, au moins que je retire les livres en pagailles sur mon lit. J’ai donc passé l’après-midi à ça, et en prenant mon bain j’ai pensé à me raser le sexe. Je préfère sans poil, car la capote s’enroule difficilement et les poils, bien qu’inexistant ou presque sont étirés et me font atrocement mal. La capote est un tue l’amour, mais nous protège, c’est l’étape que je déteste car j’ai toujours l’impression de perdre mon désir quand je l’enfile. Elle est arrivée en haut des escaliers encore plus belle que dans mes souvenirs. Les BCBGs ont cette facilité de tout rendre sexuelle, et même la sueur causée par la montée des marches, sans tapis rouge, donnait à son visage des airs d’anges, prêtes à succomber à l’appel de la chair. Je sais que ces coquins d’escaliers ont du lui faire mériter l’escalade. Ils ont du reluquer ses hanches, ses cuisses et ses fesses en essayant de deviner ce qui était caché sous ce tailleur sombre. Les cons. Ils auraient pu prendre une photo et me l’envoyer, ils ont préféré que je reste bouche bée quand la sonnette a retenti dans mon appartement blanc.

– Salut, tu es en avance…
– Je sais, j’espère que ça ne te dérange pas, la journée m’ennuyait.
– J’espère que la nuit ne sera pas pareil…

J’aurais du me la fermer à ce moment précis, même si la danse entre deux êtres qui s’attire mène, on le sait, à une copulation. Il vaut mieux masquer ses intentions, je n’ai jamais compris pourquoi, mais c’est ainsi que se joue le jeu entre hétérosexuels. A mon grand désespoir.
– Viens, rentre, tu ne vas pas rester sur le pas de la porte.
Je l’ai laissé passer le couloir devant moi, comme tout gentleman, j’ai admiré sa silhouette s’engouffrer dans la pénombre avant de tamiser la pièce avec des lampes bon marché. J’ai mélangé les ingrédients pour nos punchs, trois doigts de bois bandé, deux doses de rhum blanc, et le reste, du jus de fruits. Avec le diner, on a fini la bouteille de rouge, et on a commencé les punchs. Elle s’est posée sur le canapé près de moi et m’a demandé si je voulais écouter de la musique. Elle a cherché longuement puis a trouvé un mix d’Électro. J’ai écouté longuement sa musique en me disant qu’il n’y avait vraiment rien de sensuel dans cette musique, juste du défoulement. Ce n’est pas ce dont je rêvais, enfin, voir des filles seins nues en petit short sauter sur mon lit ne me déplairait pas du tout, mais, à ce moment précis, elle portait toujours son chemisier noir qui laissait entrevoir sa poitrine, aussi dorée que ses cheveux. Je l’écoutais parler et les vibrations de sa voix se turent quand elles menèrent mes yeux sur ses lèvres pulpeuses et rosées. Les mouvements étaient asynchrones, ils me chantaient de les embrasser d’un coup mais son corps était resté lointain et inaccessible. Quand elle m’a enfin regardé avec ses yeux bleus profond, j’ai pris sa main et je l’ai embrassé doucement, comme on embrasse sur le front. Cette fille parlait beaucoup, mais elle était belle comme cela, et ses lèvres étaient sucrées comme le son de voix qui m’avait, je le crois, envouté.

                        EN PRENANT SA MAIN EN DIRECTION de l’escalier, elle me prit par la taille et dans le bleu de ses yeux, elle me confia qu’elle était fragile. Le froid de l’hiver qui menaçait mes pieds et ses cuisses sous son tailleur, est venu s’engouffrer entre ses lèvres et les miennes. D’un baiser glacé, je lui ai dit que tout irait bien, que rien ne serait grave, qu’elle n’était obligée de rien et que je ne la blesserai point. Elle passa ses long bras au plus près de ses jambes et dézippa la fermeture éclair de ses deux bottes en cuir. En laissant s’échapper les chaussures elle fendit l’air de ses orteils manucurés, et ses chevilles fines portaient tant de grâce que les vitres se mirent à buer. Je l’ai poussé avec mes mains pour que ses fesses s’habituent à mes doigts. Les escaliers, qu’est ce que j’adorais voir les femmes montées mes escaliers. Ses pieds, maintenant nus, étaient chatouillés par la moquette, ravie d’infliger à cette invitée le supplice d’une torture douce. En poussant la porte de ma chambre, l’excitation s’est incrustée dans le silence, au son de sa voix.

– Tu peux me ramener, un verre s’il te plait ?
– Tu n’penses pas qu’on a assez bu ?
– Non, j’ai la gorge sèche, descend s’il te plait…

J’ai refermé la porte sur sa silhouette assombrie par le contre jour du lampadaire, dont la lumière traversait mes persiennes. J’ai entendu mes livres grincés à travers les murs, un accord symphonique signifiant l’acceptation du corps étranger, dans cette pièce que meublent les immobiles culs de bouteilles de vins vides, les arbres morts et l’odeur suave du sexe masculin. Quand je suis remonté avec les verres, elle avait allumé la lampe de chevet et m’attendait, dos au miroir, son soutien gorge dans la main droite, ses pieds tenus en pointe comme une danseuse et la croupe légèrement cambrée. J’ai passé ma main dans sa culotte violette qui laissait entrevoir ses lèvres, et la peau blanche de ses hanches, en quête du triangle de vie. Et j’ai adoré. Je sentais ces poils frisés chatouiller les phalanges de mes doigts. J’ai inspiré un grand coup, elle n’avait rien tenté, pas une épilation furtive, pas une coupe à la mode comme le ticket de métro ; j’ai senti sous mes mains, la liberté et la douceur d’un tapis blond suivant l’orientation vers ses lèvres. Le sol d’ou surgissaient les pointes de seins était alerte. Hérissée, sa peau posait des obstacles au cycle plat d’une caresse sexuelle. Estelle s’est cambrée pour que je passe en dessous d’elle. De cette façon mon corps, la chaleur de ma peau, mes mains, mes jambes, mon bassin et mon sexe seraient tout à elle. Qu’elle me prenne, qu’elle fasse de moi son esclave, que j’assouvisse ses désirs. Le rhum au bois bandé faisait maintenant effet, ou était-ce l’alcool ? Mon érection a duré, longtemps, trop longtemps sans jamais être satisfaite. Ma tige marron était déformée par le mouvement de ses deux mains, qui glissaient sur la salive qu’elle venait d’imprimer avec sa langue. Les veines qui l’entouraient gonflaient, au fur et à mesure, que ses lèvres rosées englobaient la peau du prépuce, pour se déverser sans retenue sur le bas de mon sexe. Elle s’était placée de façon à ce que mon sexe effleure sa toison blonde, quand cambrée, elle remuait son bassin, en feignant l’acte sexuel. Son corps était recouvert d’un doux duvet, celui des blondes, qu’on ne voit qu’en rapprochant l’œil. Elle a ouvert ses lèvres, et laisser ses multiples orgasmes, filer dans l’air. Les jambes écartées, j’ai passé mes mains à l’intérieur de ses cuisses en clin d’œil Sullivan, je leur donnais un baiser tendre avant de remonter, à pas de doigts vers son sexe qui luisait entre les poils blonds. J’ai pris entre mes deux index, ses lèvres et son clitoris. Ses yeux me regardaient, mais ne voyaient plus. Je n’étais plus Guillaume, elle n’était plus Estelle, ou peut-être que ce n’était que moi qui avait disparu du fantasme qui se jouait dans ma tanière. J’ai suivi ses courbes avec ma langue en traçant le chemin avec mes doigts.

Je me suis perdu
Evadé
dans une prairie de blés.
Fils de la terre.

                        MON CORPS EN SUEUR s’est laissé tomber sur le matelas, où la fraicheur avait remplacé la chaude moiteur de l’acte sexuel. Fumer une clope après le sexe, c’est d’un fun ! Je me souviens de Karine qui fumant a la fenêtre m’avait demandé de continuer à la caresser, sur les seins, son ventre, puis son sexe épilé : façon ticket de métro, façon Pourisienne, façon esthétisme français. Le corps d’Estelle était maintenu par les draps et mes bras de peur qu’elle ne tombe trop vite dans l’oubli, je l’ai serré aussi fort que je l’ai pu, après l’effort. Ses poils blonds s’étaient rendormies, eux si droits, aux aguets quand je la caressais un peu plus tôt dans la soirée. J’ai regardé le corps d’Estelle reprendre vie ; la vie dont grouille même la mort, la petite, celle sifflotée quand on a peur ou chantée à gorge déployé. J’ai laissé Estelle dans mon lit et je me suis préparé un thé noir. La bouilloire sifflait à peine quand elle a descendu les escaliers, avec sa culotte et ses seins nus. Elle a passé ses jambes au dessus du tabouret en bois. J’ai bu ma tasse en la regardant jouer avec ses cheveux, elle les tortillait des pointes vers les racines.

                        ON ÉCHANGEAIT TRES PEU DE MOTS et les regards se faisaient minimes. Le second acte devait se passer sans paroles, juste avec des gestes maladroits. La passion a ce pouvoir romEntique de changer, la maladresse en gestes secs, sans tendresse mais avec beaucoup de pudeur. Je lui ai prit le cou avec ma main droite, elle était devenue moite avec la tasse chaude, et lui ai caressé les cheveux puis le dessus de sa nuque. Estelle se raidit quand ma main lui prit la hanche. Elle me serait plus fort que la première fois, comme le premier mot d’amour qu’on ne souhaite pas perdre. Elle a parcouru mon torse avec ses lèvres roses un peu sèches, qu’elle a aussitôt humectées avec sa langue. Elle semblait gouter mon corps marron à la recherche de saveur de cacao. Je l’ai redressé en passant ma main derrière sa longue tignasse. Les fils blonds glissaient doucement entre mes doigts pendant que je lui embrassais le cou. J’ai laissé glisser ma main sur son ventre un peu arrondi, lentement, pour que chacune de mes phalanges suivent les courbes de son duvet frisé. Estelle frémit. En continuant mon geste, j’ai poussé le bout de mes doigts sur ses lèvres maintenant découvertes. Mon majeur entrant délicatement et laissant libre les autres doigts pour la faire jouir en touchant sur clitoris. Le tabouret n’était plus assez stable, et il souffrait du poids de nos deux corps. Il a fait une passe à la table haute, en lui vendant les atouts des mouvements sexuelles, et surement de la nouvelle peau qu’elle pourrait surement avoir, en recevant de la cire chaude à la fin de ces cascades. Vendu.
J’ai pris Estelle par la taille, pour la relever et je l’ai posé sur la table qui était à une hauteur correct de un mètre au dessus du sol. La silhouette cambrée d’Estelle qui se tordait sur la surface plate, fournissait un contraste de couleurs, de sens, de plaisir intense qui pouvaient se trouver dans un tableau de Basquiat. Elle était une déesse, trônant au dessus de son esclave sexuelle, qui avait choisi son piédestal. Mes lèvres ne quittaient plus celles de l’amoureuse d’Orléans. Elle me repoussa violement en me regardant longuement au dessus d’elle, comme une profonde inspiration avant le grand saut, dans les abysses de la passion.
Notre désir qui brulait déjà depuis quelques semaines se concrétise, se consume et bientôt renaitra de ses cendres tel un Phoenix. En continuant de la pénétrer, je n’arrivais pas à détacher mon regard de ses yeux. La perfection de ses lèvres, ses sourcils et cette peau blanche et douce. Je l’ai embrassé dans le cou. Je suis descendu. J’ai léché ses seins. Je suis descendu. J’ai embrassé son nombril. J’ai pris un peu de recul. Je suis descendu en lui marmonnant le passage que je lui avais dédié quelques semaines plus tôt, debout, saoul, sur une table d’un salon inconnu. J’ai embrassé ses cuisses, là ou Vernon m’avait appris que la peau des femmes était aussi douce que des plumes d’oiseau. J’ai remonté le long de ses cuisses avec sa langue et j’ai léché son sexe, de haut en bas, en faisant des ronds plus ou moins grands. Elle m’a tenu la tête fermement avec sa main droite, en m’indiquant les lieux où elle se perdrait et m’a maintenu à l’instant, où ses yeux ne regarderaient plus rien de vivant, plus rien de ce monde, que des frissons que la petite mort lui transmettrait le moment venu.

                        LES FENÊTRES ÉTAIENT RECOUVERTES DE buée, ce qui n’arrangeaient plus les quelques feuilles d’arbres, survivantes du Divers. Suantes, elles se mirent donc à conter la scène à ceux qui ne pouvait plus y assister.

– Il pénètre, ressort, pénètre, ressort, pénètre ressort. Un mouvement sans aucun sentiment, sans amour, les préliminaires ont prouvés que le désir était réciproque, que les animaux pouvaient se laisser aller à la tradition la plus ancienne depuis nos aïeuls les bactéries, la reproduction bestiale. Il est à elle, elle est à lui. Ils sont à eux. Et le vivent bien. Ses hanches jouent avec les mouvements de la table haute et du bassin de la demoiselle qui se trouve maintenant sous lui. Il la pénètre, ressort, ses orteils se tordent de plaisir. Il la pénètre sans mettre toute sa verge dans son sexe maintenant délicieusement mouillé.

Alertée par le vacarme des vitres, Estelle a tiré les rideaux avec sa main qui était libre. La retransmission du spectacle était finie. Elle m’a rapproché de son corps en tenant avec ses deux mains mes fesses, elle s’amusait de la friction des deux sexes. Le ballet des corps, parfaitement coordonnés, synchronisation des êtres et âmes, des gémissements et des respirations, tenait en haleine toute la pièce. La bouilloire n’avait plus d’eau, les gouttes s’étaient fougueusement frottées contre sa paroi en acier pour créer assez de chaleur et pouvoir s’évaporer pour prendre plus d’altitude et regarder notre spectacle. J’inspirais quand elle expirait pour que l’angle de pénétration soit plus haut, et elle inspirait quand elle voulait me sentir plus bas. Je regardais avec attention les poils sur son pubis aller et venir, comme les pousses de blés lors de grand vents. Elle a posé sa main gauche sur mon torse et a guidé ma main sur son sein. Ses seins n’étaient ni trop fermes, ni trop mous.

– Agrippe-moi ! Ne me laisse pas ! Je veux être tienne !
– Je veux jouir sur tes seins !

J’en avais rêvé, depuis la première fois à la soirée. Je ne désirais que deux choses, embrasser ses deux douces lèvres et venir entre ses seins. Je sais que c’était une idée à la con comme toujours, mais cela m’amusait plus qu’autre chose. L’amour, le désir tous deux mêlés à la domination et la liberté, sans aucune limite pour jouir à deux. Jouir à deux, d’un plaisir commun et partager les semences d’une vie sans tabou. C’est peut-être ce que j’ai trouvé chez Estelle. Son bassin m’a promptement rappelé à la tache, je devais avoir le regard pensif, mes mouvements s’étaient semble-t-il fait moins puissants. Estelle m’a poussé sur le sol, en grimpant sur moi elle m’offrit un déhancher digne de plus grandes danseuses de Bachata. Un mi taw, mi tan mwen , qui me transformait en victime. Dos sur le sol froid, les reins pris entres des cuisses, au dessus de moi, conquérante, une délicieuse cambrure et son armure en peau dorée. L’orgasme qu’on cherchait, se déplaçait sans trajectoire concrète. Il se faufilait doucement sur son cou, puis entre ses seins et maintenant son nombril, entre mes mains, entre mes lèvres, dans mes bourses. Elle se cambrait fiévreusement, je ne voyais plus seulement son pubis recouvert de cette forêt cuivrée mouillée, mais ses lèvres légèrement écartées apparaissaient, clitoris tendu. J’ai passé son autre main au dessus de son bassin juste au niveau de sa chute de rein pour l’encourager à s’arquer encore plus. Elles avaient arrêté les geignements sans mots et les avaient remplacé par des « oh oui », des « oh ». Elle n’en avait crié aucun la première fois ; il ressemblait à des crissements de violons avec des notes graves. Elle passa sa main droite sur son front afin d’en retirer les quelques cheveux qui lui étaient rentrés dans la bouche et s’étaient collés le long de ses joues moites. Elle laissa s’échapper, en se mordillant frénétiquement les lèvres, la supérieure puis l’inférieure, un son harmonieux dont « Oh oui » finissait l’onde.

                        ON EST RETOURNÉ sur le canapé du salon sans prendre de douche, moi les bras en croix, elle, en tailleur.

– Tu ne dis rien ?
– Je ne sais pas quoi dire, en fait.
– Tu veux que je m’en aille, c’est ca ?
– Il faut que tu partes à un moment mais pour l’instant tu peux rester si tu veux.

Elle se pouponnait devant le miroir, me laissant voir ses fesses et les marques rouges de mes mains sur ses cuisses roses. La brosse qu’elle utilisait avait servi maintes fois à Carole et Alexandra, quand elles venaient me rendre visite. Toutes s’étaient tenues devant ce miroir, qui souriait autant que moi devant ces corps merveilleux. Carole et ses seins, doux et sucrés comme son abricot charnu, ses grains de beauté sur sa peau et son odeur du Sud. Alexandra, ses cuisses somptueuses, qui pouvaient noyer mes peines, en les rendant joyeuses et moites.

Simulacre sociétal
Le rapport Femme-Homme
Se détruit mon lit.

                        LA DIFFÉRENCE ENTRE UN poète et un menuisier ? Je ne sais plus trop la chute de cette question. Je pensais juste à la table qu’il lui avait créée, juste pour elle. Quand elle m’a montré la table, je n’ai pu m’empêcher de la penser sur le ventre ou sur le dos, nue, et son corps en parfait coussin retenant cette créature faite de bois, qui n’a aucune place sur terre tant elle est belle. Dans un bateau, seul, qui d’Estelle ou de la table veux-tu sauver ? J’ai la réponse cette fois-ci, la table pardi ! Estelle avait son cœur attaché à cet objet qui la représentait si joliment il n’y a pas photos. Il n’y a d’images qui puissent égaler cette beauté. J’ai longuement imaginé les mains puissantes de celui que je surnomme désormais son amoureux, qui d’une force unique, ont construit cette table. L’énergie passée sur le corps d’Estelle, et puis l’avoir transmise en chef d’oeuvre. Personne ne pourra jamais égaler ce cadeau, ce don, cette merveille, même pas moi, mon imagination et mes mots.

Ce matin-là, j’ai reçu un texto de Carole qui disait ne plus m’aimer, de la laisser libre. Je n’ai répondu qu’en supprimant son numéro, pas les souvenirs de nous deux. La différence quand une fille est convoitée par deux ou plusieurs hommes, se fait quand celui qui use les mots les conjugue au futur et non au passé, comme tous les écrivains.

FIN.

Note: Les lieux et les personnages sont fictivement inspirés de personnes rencontrées lors de mes nombreux rêves et voyages au bout de l’art. Si néanmoins, vous vous reconnaissiez à travers ces quelques lignes: Merci, mais c’est surement faux.

Sur le ventre de ma psy

– Qu’est-ce que la folie?

Elle me regardait au fond de la pièce, croisant et décroisant ses jambes avec la délicatesse de danseuse en tutu. Sa question était sortie de nulle part, comme on interjette un arbre, quand lors d’une soirée trop bourré dans Pouris ou LondSome, on s’attend à une réponse.

– C’est un trouble mental…un acte déraisonnable?

J’avais vaguement baragouiner une réponse qui avait pris la forme d’une question. Mes lèvres avaient amplifié l’hésitation en faisant vibrer les plis de mon front. Une crise de carence en magnésium, je crois. Lire la suite

Poussières et gouttes d’eau

J’AI TROUVÉ ce matin dans la petite boite, placée sur l’étagère de ma chambre, des photos d’antan. Ma grand-mère, la blanche et mon grand-père, le nègre. Ils étaient si beaux que le teint jaunâtre de ce bout de papier m’a paru contemporain. Cherchant à gâcher ce que l’on est, de beaux êtres, des humains, des travers, des molécules tenant grâce à la gravité. J’ai allumé ma première clope en regardant mes murs, cherchant en vain une explication. Pourtant il n’y en avait pas. Ma grand-mère, j’ai hérité de sa mélancolie en passant du temps avec elle dans le sud. C’est si loin, et je n’ai gardé comme souvenir que les odeurs que j’ai retrouvé sur Carole et sa peau blanche. Ses lèvres en coussin et à la texture si douce, que jamais on ne se lasse de la dévorer. J’étais toujours couché à plat dos, et je m’imaginais autre par, encerclé par les saisombres de l’opportunitemps. La couette avait gagné la bataille en m’enroulant tendrement entre ses bras. J’ai du un peu me débattre car le froid de ma chambre avait décidé de lui aussi squatter MON espace. La journée avait mal commencé, deux attaques au réveil. Peut-être que je devrais arrêter de lutter, et laisser tout filer. J’ai extirpé mes bras de la chaleur ennemie, et j’ai regardé mes doigts. Il n’était pas prêt, ils étaient secs et rabougris. Aujourd’hui il me fallait absolument vaincre quatre ennemis: La couette, le froid, la flemme et la peur de la revoir. Pourtant, j’avais dit oui, pourtant j’avais répondu rapidement à cette invitation. Pourquoi maintenant? Pourquoi aujourd’hui et pas hier? Hier c’était mieux, on s’aimait. Hier, c’était comme la photo de mes grands-parents, hier c’était jeune. Un truc rangé au fond d’un tiroir et qu’on oublie avec peine.

IL PLEUVAIT DEHORS, donc je suis sorti. J’ai fait quelques pas de plus, avant d’hésiter une dernière fois.

« T’es partie? »
« Ui » »Jsuis presk la »
« Okks. J’arrive.

Trop tard, je ne peux plus rien y faire, je dois l’affronter. Les films de mes vies amoureuses défilaient dans ma tête. La ville de Tarcartar, ses longues rues qui m’étaient inconnues. Moi, sur un des ponts de ses nombreuses autoroutes, pensant tout lâcher, même mon corps. Et me laisser, emporter sous les roues des trucks qui passaient à toute allure. Je l’ai vu le bout des choses, et crois moi, ce n’est pas si beau. C’est de la solitude en grand espace. Cette solitude qu’on a du mal à combler dans les grandes surfaces par le surplus, nous sommes une génération qui comble le vide. L’instant instantanéisé et le passé n’existant plus. Mon petit rêve fut écourté quand j’aperçus sa silhouette à la sortie du métro. J’ai rencontré Carole sur la place Depaix, elle m’attendait avec son trench beige tacheté par la pluie grise. Une bise fusa, puis l’autre, puis une troisième, plus lente. Je me suis décidé à prendre sur l’avenue Genest-Râle Dégueule, là on trouverait surement où se poser au chaud. La marche a été ponctuée par les trombes d’eau et les conversations banales. Elle a poussé la porte du café du DevanLune et on a pris un café. Elle avait mis ses bas résilles noires qui coupaient la peau de ses cuisses, un damier sur lequel mon imaginaire a posé ses doigts fins. Le ciel avait décidé de nous faire profiter de sa noirceur pour égayer cet échange, entre nos deux corps. Elle était trempée, ses cheveux bruns se collaient sur son front, qui lui même dégoulinait de pluie urbaine.

– Pourquoi tu choisis toujours ce café?
– Le Devanlune? C’est le dernier souvenir sensuel que j’ai de nous deux. La pluie qui tombait:
Tes cheveux mouillés
Mon bonnet pour te protéger
Errer dans Pouris
Comme deux anciens amoureux.
Toi
De nouveau sous mes draps
Dans un TEE shirt
Pris à l’arrache
Comme si le quotidien était de nouveau vrai
Ton ventre
Sur lequel
J’ai posé une dernière fois
Mes mains
Ton soupir pour me dire
Que tout était fini.
Après ça je ne veux plus rien de nous. Aucun souvenir ne sera plus beau que celui ci.
– Guillaume! Tu es bien trop romantique!
– C’est d’ailleurs pour ça que le romantisme est mort. Un jour de pluie froide et un lendemain sans matin, midi, soir, ni demain. Comme celui-ci.

J’ai sorti une clope pour masquer l’odeur putride du mec dégoulinant l’amort.

– Tu fumes maintenant? Me-dit-elle en repoussant la fumée venue troubler son regard avec sa main droite.
– Oui… J’ai cherché à te reproduire dans la fumée quand tu n’acceptais plus de me voir et la traitre m’a envoutée avec ton ombre…
Elle baissa les yeux sur la table en bois usée par les verres, les griffures d’ongles et les années. Le silence grogna. La télé passait les nouvelles en continue, et on entendait enfin la journaliste parler des morts en Afghanistan, de la détermination du gouvernement pour lutter contre le chômage, des filles voilées se faisant expulser des écoles de la République. Les journaux en continue avaient été la pire des réussites de l’humain; comment combler le temps avec de l’ennui spectaculaire? On mal-bouffait, on mal-buvait, on mal-absorbait tout cela passait crème, avec l’espoir de jours meilleurs.

– Ca sera quoi pour vous? Le serveur brisa le silence avec sa question. Toujours dérangeant, le service à Pouris.
Carole feuilleta la carte devant elle.
– Un café gourmand, s’il-vous plait? Sa voix douce et tranchante m’avait toujours impressionné. C’était peut être ça dont je manquais, de l’urbanisme dans mes propos, du béton dans les mots et de la pollution dans la voix.
– Une tarte tatin et un verre de Brouilly. Merci.
En fond, on entendait le serveur passer commande et Carole était toujours muette.
– Pardon, je n’ai pas voulu te choquer mais il fallait que ça sorte autrement que par l’écrit.
– Je comprends. J’ai pensé que c’était mieux qu’on ne se voit pas pendant un certain temps.
– D’accord…

J’ai dégusté ma tarte tatin pendant qu’elle buvait son café avec une larme de lait. Les gens allaient et venaient dans le café. Le froid s’engouffrait avec le vent, quand elle sortit de la poche de son trench une bague.

-J’ai eu peur…Je l’ai retiré avant que tu n’arrives… Je… – balbutia-t-elle.
– Tu vas te marier?
– Oui, on est fiancé, maintenant.

– Ah! Je crois que les mots qui doivent suivre sont « Félicitations et heureux pour vous deux » donc félicitations et je suis heureux pour toi. Les mots étaient sortis automatiquement comme si je m’étais préparé à cela, et avec des sanglots dans la gorge qui remplacèrent ma salive, j’avalais doucement mes larmes. En fait je savais. On ne peut pas échapper à cela si on partage l’entourage d’une personne un jour aimée. Je n’ai pas osé demandé pourquoi elle l’avait retiré, je me suis senti con. J’ai toujours détesté ce rapport que les gens avaient avec moi, comme si je leur faisais peur. Comme si j’étais l’être sans reproche, alors que je suis le diable en personne, le connard, le queutard et l’égoïste aux dires de tous.
– On se marie cet été, j’ai choisi Tiphaine comme témoin. Avant cela on va faire un tour en Asie avec les filles…
Elle continua de m’énumérer les différentes étapes avant son mariage, mais l’instant pour moi s’était stoppé et je regardais maintenant l’écran du téléviseur. Il racontait dans le brouhaha ambiant des nouvelles cycliques, des guerres par-ci, par-là mais toujours au même endroit. Mon souffle se coupa quand il dit ceci: “Le chanteur SAEZ retrouvé mort, une balle dans la tête et une forte dose de médicaments et d’alcool dans le sang. »
Sans que Carole ne le remarqua, j’ai amené le verre de vin à ma bouche en portant un toast et le récitant dans ma tête.

« Putains, vous ne l’aurez plus »
« Putains, vous ne l’oublierez jamais »

LA PLUIE AVAIT MAINTENANT décidé d’assoir son tapis sur la ville.

J’ai passé à Carole mon bonnet rouge et nous nous sommes dirigés vers la station de métro la plus proche. Elle m’attrapa le bras et se colla contre mon torse. Je n’en pouvais plus, cette proximité m’avait soudainement rappeler nos caresses sous les draps des heures durant, et le doux contact de ses lèvres sur les miennes, sur mon sexe, sur mes bras aux saveurs de popcorns caramélisés. Le ruissellement des gouttes avait rendu nos vêtements lourds, les clodos s’étaient réfugiés dans les magasins et les vigiles essayaient de les mettre à la porte. Cette femme mure râlait car elle ne comprenait pas qu’on puisse se montrer si inhumain alors qu’il y avait dehors un déluge.
« Ta gueule mégère » meugla un des clochards. C’était Guy, il était bien connu du quartier, c’était un peu le monument sacré et le symbole de notre pitié et notre humanité. On le laissait là, la déjection sociale et on était fier de lui parler quelques fois, seulement quand il n’avait pas bu. « T’arrêtes pas de nous faire chier quand on se la met bien et la tu fais genre tu te soucies de nous ». Touché. Coulé.
– Voila madame pourquoi ils ne peuvent pas rester dans le magasin, cela fait fuir les clients. Et mon patron ne sera pas content. Le vigile, symbole du pouvoir des faibles, avait été alerté par les machines communicatives de notre société et était venu rétablir l’ordre chez les sous-hommes, dont son habit noir ne le privait pas d’en faire parti. Elle esquissa un sourire maladroit. « Soit ». Puis, elle tourna le dos et continua ses courses. Quand tout va mal on consomme, la carte bleue dans la chatte, à la recherche du bonheur placardé. C’est ça Pouris, c’est ça le vide.
– Je t’avais dit que je pensais que les clochards et les chômeurs étaient en fait un outil de la société pour manipuler et contenir le peuple.
– Oui, j’ai pas oublié tes délires de conspirations, dit-elle en riant.
Que ses lèvres étaient belles quand elle riait. J’ai senti une vibration sans sa poche gauche tellement elle me serrait fort contre elle.
Sur le chemin, la pluie avait poussé nos pas, non pas en les faisant glisser sur la chaussée, mais en les attaquants de pleins fouets; les minis aiguilles des éthers tant redoutés.

IL Y AVAIT DANS CETTE longue marche, notre histoire commune qui défilait. Les pavés nous ont souris et les murs beiges, ont fait mine de ne pas nous reconnaitre. A gauche, puis première à droite, elle marchait finalement un pas devant moi. Les yeux baissées sur son téléphone, tapotant moins bien que les gouttes d’eau. Elle s’arrêta brusquement devant le restaurant « L’Oignon ». C’était ici, oui c’était ici, et elle s’en était souvenue. Elle se retourna:
– Ah, ça fait bizarre…
– Tu ne veux plus continuer? Lui ai-je dis sans fortement insister.
– Non, j’aime ça. C’est un mélange, de passé quand on connait le futur, de présent quand on connait le passé, et de futur qui se sépare.
– Tu deviens poète? D’un ton moqueur, j’avais encore gâché le moment. Ses lèvres ne manquèrent pas de me rappeler ma gaffe. « Moi ça me rappelle comment j’ai du galéjer pour passer des bises amicales, aux bisous passionnés et finalement, aux bises banales. » Les vaguelettes causées par les voitures passantes dans la rue, m’offrirent une Ola, comme récompense et renversèrent leurs baves sur mes chaussures toutes neuves. Cette énergie maladive que Pouris se dotent pour te porter haut, pas de façon à t’idolâtrer, mais pour que tu te brules une fois près du soleil qui, a foutu le camp depuis pas mal de temps. Mais le gris, notre ami, le gris qu’est-ce que c’est beau.
-Je n’ai pas envie qu’on se quitte maintenant. Sa voix avait changé de ton, plus du tout le même que lorsqu’elle avait commandé son café.
– On peut se poser chez moi, si tu veux.
– Oui.

J’AI POUSSE LA PORTE d’entrée, on était enfin au sec, il restait la cour à passer et on se rua vers l’immeuble. Elle la première. En rigolant comme des gamins qui faisaient une course pour stopper le temps, les carreaux en béton de la cour soutenaient notre envol vers l’interdit. Elle grimpa les escaliers, avec ses pas habituels de danseuse. Les marches reconnurent le son de ses pieds sur leurs visages, et lui firent l’honneur d’incliner en pente cette ascension. Cet endroit ne lui était pas inconnu, il fut sien. Un cour moment, j’étais entrain de revivre ses premiers pas menant chez moi. Rien n’avait vraiment changé, j’étais perdu, elle était certaine de ses choix. Et nous avons continué vers le 4eme étage, son sac cognait contre le mur en laissant des traces d’eau. Ses cheveux libérés de mon bonnet étalaient eux aussi des gouttes, sur le sol fraichement vernis et sur mes joues. J’ai glissé ma langue à l’extérieur pour gouter son parfum, encore une dernière fois.
Je vivais un moment d’extrême bonheur, et comme toujours à ces moments j’étais spectateur de ma propre vie. Je contemplais les mouvements de Carole, j’en étais aliéné. Je ne vivais plus, et le temps fut agréablement long. Je n’étais plus à moi, elle n’était plus à la Terre, à Dieu, à lui. Nous n’étions plus chez moi quand j’ai ouvert la porte en trombe. Les murs orange n’étaient plus que du flou et se mouvaient avec les battements de nos coeurs, fatigués.
Elle m’a embrassé fougueusement, et je ne savais quoi dire, quoi faire j’étais au dessus de tout cela. J’avais encore une fois été projeté au sol et je visualisais la scène en contre plongée.
– Je…
– Tu quoi?
– …
– Arrêtes de te jouer le film dans ta tête et embrasse moi s’il te plait!

Sensuelle.
Pleine de détail.
Ses pieds de ballerines qui se tordent.
Son signe au dessus du sourcil droit.
Ventre et son signe près du nombril.
Son sexe, barbapapa.
Ses cheveux dans ma bouche et qui stagne sur son front.
Ses fellations toujours chaudes.
Ses mains moites.
Sa cambrure.
Ses fesses et la pliure du bas du dos.
Moi qui agrippe ses fesses en les ramenant vers mon ventre.
Moi qui l’entoure des mes bras pour la cambrer plus.
Elle qui jouit.

La deuxième fois,
Elle sur moi.
Ses cheveux qui passent sur ses lèvres.
Ses seins tendus que j’agrippe aléatoirement avec mes lèvres et mes mains.
Elle qui me remue,
Elle qui fait tanguer mon coeur
Elle qui
depuis tant d’année l’a dérobé.

DANS LES DRAPS encore chauds, elle s’était recroquevillée comme un foetus entre mes bras. Je la caressai en jouant avec les courbes de son corps nu. Je posais doucement chaque doigt sur les grains de beauté qui parsemait son dos, son cou et ses épaules.
Son téléphone sonna à cet instant précis. Elle savait de qui venait l’appel, car elle lui avait dit pour notre café et je ne lui en voulais pas. J’aurais aussi préféré cette honnêteté de sa part quand nous fumes.
– Allo. Oui je suis toujours avec lui…Rien, on parle de tout et de rien…Oui je lui ai dit… Il a dit que tu étais chanceux… A toute… Moi aussi… Je t’aime.

JE LUI AI REMONTE son boxer en dentelle noire lentement. Passant son pied gauche que j’ai embrassé tendrement. Son corps était drapé de nos odeurs corporels, et ses tétons roses, toujours alerte clignèrent si justement, que mes lèvres leurs susurrèrent des chants d’Était sans pluie et des mensonges de Divers sans bois dans la cheminée. Je la regardais passer son soutien-gorge en allumant la télé, comme pour lui prouver le ridicule de cette situation. Prendre ma revanche par l’anodin, le commun et un avant gout de ce qu’elle vivrait quand il aurait jouit en elle et la repousserait sans amour aucun.
– Il parle encore de Saez? C’est comme si ce gars était plus important que le « mariage pour tous ».
– C’était une commodité malgré lui, les médias ne nous ont pas encore vendu le mariage pour tous. Enfin, on ne l’a pas encore fait notre pour qu’il nous soit revendu.
– T’es con.
– Je sais, et toi tu es très belle nue. Est-ce que tu te souviens quand tu rêvais d’un « nous »?

Tu me l’avais dit à notre premier rendez vous, je mériterais mon première baiser, dans le looping au goût du risque. Je te l’ai volé un soir, dans ma rue, dans la voiture de tes parents et tu m’as dit:
– Après, on fait quoi? Après si on s’aime on fait quoi?

Et en soufflant sur tes lèvres, je t’ai dit que je n’en pouvais plus, que tu brulais mon cœur, celui que tu fais souffrir depuis des années. Je te l’ai dit, sans parler, gardé au fond de moi et de ma fierté. Je n’ai pas parlé, et je t’ai contemplé; un baiser les yeux ouverts. C’est peut être ça qui nous a nui.

– T’as une tête carrée!

En dansant en ronde sous les draps
Carole me l’a dit.

Je cherchais à comprendre pourquoi. J’avais cette fascination pour les triangles
Le sien, avant tout
Découvrir l’origine du monde et naviguer tel un marin.

Certaines formes ne vont pas ensemble
Carré triangle
A moins que ma tête fut plus petite, cercle!
Pénétrant le triangle
Traçant ma voie
en lui écorchant les parois
De je te hais
Dégage de ma vie
Pourquoi tu pars
J’suis un con
Gras et cru
Mais j’t’aime.

Elle a pris la couette sur les épaules et s’est dirigée vers la cuisine. J’ai entendu l’eau coulée et je me suis endormi. A mon réveil, elle n’était plus la. Juste une note:

« Oublie-moi
Dans tes poèmes
Dans ta vie ; et dans tes souvenirs je serai
Éternelle. »

NOUS N’AVIONS PAS 30ans et la vie s’était déjà éteinte. Je me suis assis sur un banc, la pluie avait cessé. J’ai fixé le lampadaire en repensant à mon vide. «  Pouris c’est si beau la nuit ». La journée avait été une histoire adultère sans lendemain avec une fille de mon passé. Nos malheurs et nos bonheurs, en instantanée brulés dans nos rires et gémissements. J’ai allumé ma clope et elle s’est redessinnée dans la fumée formée d’air et de goudrons. Je suis rentré chez moi, me descendre au rhum, et depuis mes yeux, je n’ai ouvert.

Pourquoi vois-tu le sombre partout? Es-tu malheureux?

Non, mais quand je regarde autour de moi, j’essaye de voir les faux pas, les accrocs d’une natte mal tissée, la cicatrice laissée par la seringue lors d’une injection de botox. Tu vois cette prise électrique. Regarde la seule, sur le mur blanc, entourée de choses qui jamais ne la comprendront. Elle se fait pénétrée sans son accord, et sa mouille électrique donne vie. C’est sa condition, elle ne peut rien faire d’autre, sauf quand elle decide de retirer la vie, quand la forme qui la perfore n’est pas bienvenue. C’est peut être ça mon romEntisme, le mensonge, les choses qui ne sont pas belles, qu’on peint encore et encore, sans les laisser être.

2012.

L’avis: adieu.

Je pouvais le sentir. La découverte de l’autre. En profondeur, ce jeu qu’on ne joue qu’une fois par relation. “Je suis peut-être plus active que toi”. “Ce n’est pas si difficile, les activités que j’aime ne sont pas physique pour le corps”. “Toi, actif? Tu attends tout”. C’était vrai, toutes mes relations étaient faites du même moule. Je suis ennuyeux après un moment. Je me lasse de tout. Rien ne me surprend, mais tout peut m’étonner. Comme un enfant. Je suis un gamin atteint d’adulescence chronique. Elles n’aiment pas ça. Les activités à deux. Les balades dans le parc avec un but. La construction à deux. Je suis bien trop égoïste pour ça. Égoïste et fainéant.

Frictions visions

Le rendez-vous était fixé depuis une semaine. Mercredi à 18h. Elle savait que j’avais rêvé d’elle. Le goût de son cou sur ma langue et les baisers, suçant sa saveur jusqu’à l’en dérober. Suzanne avait accepté. La curiosité mêlée au tabou faisait divaguer son esprit . En pensées multiples.

« Allait-il dans un coin sombre me prendre, me soumettre contre un mur à ses fantasmes? »

Il était là. Son plan ne s’était pas déroulé comme il le souhaitait . trop de monde . On devait être seul. Il y avait une table de huit personnes. Je voulais le provoquer en l’invitant à s’assoir à coté de moi, pour le rassurer surement. Le ton de ma voix l’avait dompté, il sembla moins déçu quand il pris place à coté de moi et que ma jambe frôla la sienne. Une invitation romantique, et un peu désespéré tant elle fut anodine.

Sous la table il a glissé ses mains sur mes cuisses , la où ma jupe finissait et mes genoux, comme des falaises infranchissables, étaient recouvert d’un filet nacré. Sans attendre il fit mine de s’avancer plus près de la table pour prendre son verre avec main libre. L’autre prisonnière, entre mes cuisses faisait des allées et venues près de la source chaude, comme on s’installe devant un feu de cheminée, dont la chaleur qui fend l’air froid, la rend attractive et mortelle.

J’ai profité qu’elle sorte de table pour se rendre dehors pour fumer une clope, pour lui demander sans détour, de retirer sa culotte avant de revenir s’installer à table. Je pouvais jouer avec ses bas sans problème, sentir sa fente entre mes doigts s’élargir ; m’y accueillir. Deux couches de tissus brouillaient la piste, et mon désir se perdait. Je me demandais si je la touchais bien là où je le voulais, là où le torrent s’écoule au bruit sourd de gémissements glissés dans un verre de vin rouge.

« Il fait moins chaud, tu ne trouves pas? ».

La table en bois et la nappe commentaient l’absence de Suzanne, qui surement, s’était égarée dans une conversation avec l’une de ses amies en fumant sa cigarette. « Il m’a prise pour sa jupe, j’ai pensé tout renverser » La nappe chamboulée se plissait d’une gene, croyant que l’armée de verres et de bouteilles avaient remarqué les mouvements qu’elles subissaient.

« Il n’a pas idée du temps que cela prend pour retirer des bas et une culotte ».

Je suis revenu après dix minutes m’asseoir près de lui, sans lui addresser ni un regard ni la parole. Je me suis incrustée dans la conversation sur le prix des soirées et du fait que les hommes devaient toujours payer et que pour les femmes cela étaient toujours gratuit, d’une façon ou d’une autre. J’ai laissé la conversation se terminer, puis lentement j’ai caressé avec mon pied sa jambe inerte qu’il laissait trainer en dessous de la table. Lentement. J’ai écarté les cuisses, assez subtilement pour qu’il comprenne, que les anges ne gardaient plus la porte, que le diable l’y attendait, chaleureusement et patiemment jusqu’à la fin du diner.

agneaupimenté

Jour 21 – Tombons, dans Septombre

Tu dis quoi le moi?
Je sais. Rien n’est plus beau que la jambe en l’air sur un canapé en buvant du vin rouge. Je sais, je te dis que je sais. Il y a aussi toutes ses filles et leurs démarches, pourquoi ne sont-elles pas la meilleure chose? Simplement car je n’aime pas les autres et partager ces moments de bonheur, seul dans le sombre c’est ce qui me reste de liberté saine je crois.

Tu entends la pluie dehors? Elle applaudit la ville et ses lumières. Ce bruit? Ce ne sont pas les orages mais les oiseaux de fer qui grondent dans le ciel. Mais je parle trop, laissons le silence s’étendre.

Jour 20 – Le refus, je.

J’ai mis une chaise au milieu de mon jardin, pour m’asseoir et contempler le temps qui passe. Les avions rythment ma journée et pisse sur moi les litres de kérosène brulés. La chaleur du soleil est douce, comme chez moi, la bas. La ou j’ai laissé le calme de ma vie. J’ai mis une chaise au milieu de mon jardin qui n’en est pas un. L’urbain que je suis devenu prend pour pavé son jardin et les roses brillent la nuit venue. Elles scintillent si fort qu’elles m’ôtent le sommeil. Malheureux compagnon depuis quelques lunes.
Je ne sais pas ce qui pire. Je ne sais pas ce qui est meilleur. L’écriture ne sert plus de tampon. J’ai bien peur que je ne me meurs avant le Divers. Mes envies sont courtes et l’attente est longue; quand est-ce que mes étoiles brilleront assez pour me réchauffer le cœur?